Entre2prises S01E01 : An Griyav’la, Le Robert – Exploitation agricole

94
Published on 9 juillet 2020 by

An Griyav’la, Exploitation agricole, Le Robert

Nous avons posé notre caméra au Robert pour ce nouvel épisode, afin de visiter une exploitation agricole riche en histoire : An Griyav’la. Emile et Jimmy Rosalie vont vous partager leur passion de la nature, leur respect de l’histoire et des traditions, et surtout l’envie de partager un moment convivial avec eux !

An Griyav’la, une exploitation agricole hors du commun

Une histoire tout aussi riche que sa terre, une activité aussi variée que ses produits fermiers, An Griyav’la, ce n’est pas une exploitation agricole comme les autres.

Emile Rosalie, Responsable, Exploitant An Griyav’la : An Griyav’la, à l’origine, était une ancienne habitation cannière. Nous sommes ici sur, on va dire, une ancienne habitation qui date des années 1753. Donc qui effectivement appartenait à un ancien colon qui l’a revendue après dans les années 1890 aux consorts Hayot. Alors moi je suis ici depuis 1983 et je suis sur une surface de 16 hectares, alors que l’ancienne propriété va jusqu’à 150 hectares.

Avant nous il y avait trois grandes cultures :  la canne, l’ananas et la banane. Et nous on a décidé de produire pour le local. Moi je pratique ce qu’on appelle l’agriculture diversifiée, alors on dit polyculture-élevage, mais enfin c’est un immense jardin créole, voilà. J’ai démarré par les cultures maraîchères et vivrières. Après une dizaine d’années de production en maraîcher et en vivrier je me suis lancé dans l’élevage bovin. J’ai planté des herbes, donc je faisais de l’engraissement de taurillons. En troisième position j’ai mis en place, cinq ans plus tard, un verger de goyaves avec *Dénel. Et puis mon quatrième grand projet c’est le tourisme à la ferme. 

La goyave, un produit du terroir robertin

Alors pourquoi ça s’appelle An Griyav’la, c’est en souvenir de ma jeunesse, parce que Le Robert c’était le plus grand champ de goyaves à ciel ouvert. Il y avait 400 hectares de goyaves au Robert. Moi-même quand j’étais enfant, tous les Robertins quand ils étaient petits savaient qu’il fallait avoir le seau dès le mois de septembre pour aller récolter des goyaves parce que c’était pour pouvoir acheter nos livres. 

Et comme la goyave c’est un fruit merveilleux. On connaît ses qualités : riche en polyphénoles, vitamine C, caroténoïdes etc… On sait que ce n’est même pas un fruit, c’est un alicament on va dire. J’ai voulu justement le sanctuariser, lui donner un nom. Et An Griyav’la c’est un peu un nom emblématique qui fait que quand je dis An Griyav’la, tout de suite la personne est plongée dans un endroit extraordinaire. 

 

An Griyav’la, une histoire de famille

An Griyav’la c’est une exploitation agricole, mais c’est surtout une entreprise familiale.

Jimmy Rosalie, Chef d’entrepriseC’est vrai que depuis tout petit, comme mes frères et soeurs on a toujours aidé notre père à récolter la goyave et la prune de cythère. C’est vrai que j’ai des frères et soeurs, mais c’est seulement moi qui ai pu reprendre la relève. ça m’a passionné et c’est vrai que l’agriculture c’est une passion. An Griyav’la alors on va dire que c’est la simplicité et aussi la convivialité. C’est vrai qu’on est dans une activité, on va dire, naturelle.

 

An Griyav’la, exploitation agricole et site agrotouristique

An Griyav’la c’est un immense jardin créole. Le cœur de métier c’est l’agriculture, mais l’exploitation ne se résume pas à cela…

Jimmy Rosalie, Chef d’entrepriseOn a la partie touristique, donc visite pédagogique avec les enfants. On a la partie restauration où les gens viennent déjeuner, ça peut être dîner, ça dépend de la réservation. Nous avons aussi la partie élevage. On a des bovins, ovins, caprins et des volailles et aussi le verger, donc ça peut être maraîcher, vivrier etc.

Et puis sans oublier aussi la découverte de la faune et la flore pendant la visite, puisque ça fait partie aussi de la nature. Donc tout ce qui concerne les vestiges, des choses comme ça, ça rend toujours une histoire. Et ça c’est important puisqu’on va rencontrer des vestiges de rails de train. Auparavant il y avait un train qui passait ici sur l’exploitation, qui allait livrer la canne, transporter la canne jusqu’au François, à l’usine du François. Ici il y a vraiment une histoire et puis même rencontrer des oiseaux, des papillons, des libellules, des abeilles tout ça, ces insectes pollinisateurs sont très importants pour la nature.

Diversification des activités sur l’exploitation agricole An Griyav’la

Alors le quotidien de An Griyav’la… ça peut changer puisqu’en fait vous savez on travaille avec la nature. Demain si Dieu veut je peux récolter des mangos, dans un mois je peux récolter des prunes de cythère. L’activité est vraiment variée puisque, demain je peux recevoir un groupe, le week-end d’après je peux avoir un mariage, donc c’est vrai qu’on ne fait pas la même chose tous les jours. On est amené aussi à faire de la transformation des produits puisque nous avons un point de vente aussi à An Griyav’la, c’est Le marché de Clotilde. En fait l’histoire c’est que c’était ma grand-mère qui vendait au marché du Robert les produits cultivés ici.

 

An Griyav’la, une exploitation agricole responsable, ancrée dans la tradition

Toutes ces activités font la particularité de An Griyav’la… Nous verrons plus en détails ce qui en fait la richesse… Le cœur de métier de An Griyav’la c’est bien sûr la production agricole, mais pas n’importe quelle production agricole !

Emile Rosalie,  Responsable, Exploitant An Griyav’la : Une production hyper diversifiée parce que nous croyons beaucoup dans les traditions culinaires, parce que pour garder les traditions culinaires il faut aussi la base, c’est la production agricole.  Et ça c’est fondamental, parce que souvent on reste à l’agriculture, à la production simplement, celui qui produit, mais on oublie tout ce qu’il suscite comme vocation, transformation, plantes médicinales, notre implication dans la santé des gens. Donc tout s’appuie sur notre production.

Le terroir martiniquais gage de qualité

Emile Rosalie,  Responsable, Exploitant An Griyav’la : Les gens viennent voir, ça veut dire qu’on est en train de travailler, les ouvriers sont en train de tailler. Ils sont en train de faire leur travail, les gens passent. On ne va pas avoir une *surface *supergazonée. On va dire aux gens pourquoi il y a de l’herbe là, pourquoi en ce moment on coupe les branches. Pourquoi c’est labouré, pourquoi c’est pas labouré, pourquoi il y a des friches etc. Et donc la différence chez nous, c’est que tout s’appuie sur notre réalité agricole XXX. Les gens viennent voir ce qu’on est. Cette valorisation de notre terroir martiniquais c’est plus qu’une valeur, c’est un gage de qualité, reconnu par le label Bienvenue à la ferme…

An Griyav’la, exploitation agricole labellisée “Bienvenue à la ferme”

Jimmy Rosalie, Chef d’entrepriseC’est vrai qu’on a quand même un cahier des charges à respecter. Le cahier des charges c’est tout ce qui entoure vraiment l’activité agricole. Donc ça peut être la partie élevage, les vergers, le maraîcher, les choses comme ça. C’est vraiment amener une qualité saine voilà. J’évite d’utiliser des produits chimiques en fait, j’évite de faire des traitements. Alors je peux à la limite faire un traitement biologique en cas de nécessité. Mais autrement,  je dispose  mes cultures différemment, je bâche les cultures pour éviter de faire du désherbant. Et puis bien sûr je valorise aussi ma matière organique, le lombricompost, pour apporter aussi de l’amendement à mes arbres fruitiers ou mes cultures maraîchères ou vivrières.

L’agriculture traditionnelle locale valorisée par An Griyav’la

Emile Rosalie, Responsable, Exploitant An Griyav’la : Le fait d’avoir adopté la méthode de nos parents, de nos grands-parents, fait que quelqu’un qui vient ici pour chercher un panier a toute une flopée de marchandises qui lui permet de varier justement son quotidien. C’est un lieu de conscientisation, puisque ici les gens prennent conscience du fait de pouvoir préserver justement, les espèces, les essences, l’eau et tout. Il ne faut pas oublier que ici l’eau qui coule ici dans cette rivière a alimenté la ville du Robert pendant plus de 150 ans et qui a permis l’essor de la ville.

L’agriculture, un secteur d’activité en proie à de nombreuses difficultés

Et cela fait plus de 30 ans que cette exploitation existe ! L’Histoire est ainsi pleine d’histoires… Malgré quelques décennies d’existence, cela reste compliqué pour An Griyav’la d’anticiper certains préjugés et certaines difficultés.

Jimmy Rosalie, Chef d’entrepriseC’est l’eau. C’est vrai qu’on n’a peut-être pas assez d’eau, pourquoi, parce qu’en fait on a planté plus d’arbres fruitiers, donc qui dit plus d’arbres fruitiers, dit plus d’eau. Et pendant le carême c’est vrai que ça a été très très difficile pour nous, même la situation du COVID, vraiment on a pris une belle tape. 

Une qualité qui a un coût

Emile Rosalie, Responsable, Exploitant An Griyav’la : On a une grande difficulté de main-d’oeuvre, parce que la main-d’oeuvre est très chère. C’est pour ça qu’il faut travailler avec intelligence pour effectivement pouvoir amortir les coûts de production. Pour que le produit ne se retrouve pas trop cher pour le client et en même temps pour qu’on puisse vivre.

Jimmy Rosalie, Chef d’entrepriseSur la partie restauration c’est vrai que je valorise mes produits. Je vais travailler sur la qualité, ça c’est important. Et le prix que je vais demander par rapport à un restaurateur qui va peut-être donner un autre produit, en fait le client ne veut pas forcément payer cette qualité-là. Donc parfois ils font juste la visite et malheureusement ils vont voir ailleurs. Et ça, ça me pose un problème. Je discute tout le temps avec l’équipe, mais je ne peux pas changer mon prix puisque j’ai un label, j’ai un cahier des charges à respecter. Je ne peux pas donner n’importe quoi à mes clients.

An Griyav’la doit encore faire face aux a priori

Emile Rosalie Responsable, Exploitant An Griyav’la : Il y a des gens aussi qui cherchent le patron, parce que je n’ai pas le profil du patron. Il y a des gens qui me demandent où est le patron. À un moment ils me disent, mais il ne vient pas le patron ? Où est-ce qu’il est ? Il n’est pas là ? etc. Et puis je leur dis, Non, c’est moi. ah bon ?!

On ne peut pas croire ça, mais il y a beaucoup de Martiniquais qui pensent toujours que nous ne sommes pas capables de faire ce que nous faisons. Beaucoup. Le gros problème en Martinique c’est le travail. Moi je pense qu’on ne respecte pas les gens qui travaillent. Parce que c’est tellement mystérieux que quelqu’un qui travaille réussisse quelque chose, que ceux qui ont l’habitude de faire le malin pour avoir des choses ont l’impression que ce n’est pas la réalité. Si vous réussissez quelque chose, il y a quelque chose qui s’est passé. Oui, peut-être que vous l’avez volé ou vous avez fait du tjenbwa, je ne sais pas moi. Mais vous n’avez pas le profil de l’emploi, c’est ça. C’est-à-dire que ça n’est pas possible, parce qu’il y a un profil. Ils ne savent pas que les gens travaillent pour avoir ce qu’ils ont.

Perspectives d’avenir pour An Griyav’la

Pour le futur, Emile et Jimmy Rosalie ont plein d’envies et de projets pour An Griyav’la…

Emile Rosalie Responsable, Exploitant An Griyav’la : De plus en plus les gens nous demandent un certain nombre de choses, donc je vois à peu près tous les métiers liés au bien-être. Je pense qu’on a des perspectives et on a l’intention de développer tout ça. Comme à la base j’ai démarré petit, je monte au fur et à mesure. Mais je pense que si les jeunes, parce que c’est eux qui vont prendre la suite, ont un soutien de la collectivité, de tous ceux qui nous accompagnent, des fonds européens, s’ils savent bien travailler dessus, je pense qu’à ce moment-là il y a des chances que An Griyav’la soit un endroit extraordinaire dans le futur. C’est-à-dire un lieu qui fait rêver.

De la fourche à la fourchette
Qualité des produits : manger bon, frais et local

Jimmy Rosalie, Chef d’entrepriseAlors moi ce que je peux dire aux Martiniquais c’est de venir. An Griyav’la pour moi c’est le seul endroit où on va pouvoir vraiment manger quelque chose de bon et de frais, de local. Pourquoi, parce que ce qui est important c’est que pendant que je fais la visite, je montre à mes clients, je partage tout ce que je peux réaliser. Et en fait en voyant ça le client se sent totalement en sécurité et il sait que ce que je vais cuisiner c’est quelque chose de très bonne qualité.

Donc comme on dit, c’est de la fourche à la fourchette que je valorise mes produits. L’objectif c’est que par rapport au COVID, j’espère recevoir tous les Martiniquais puisqu’ils vont peut-être voyager un petit peu moins. Et moi je les attends. On va partager plein de choses, enfin on va partager ma vie, puisque l’agriculture, toute cette activité-là ça fait partie de moi et de mon équipe. De toute façon avec l’équipe on vous attend et vous serez les bienvenus.

 

Promouvoir les métiers agricoles auprès de la jeunesse martiniquaise

Un dernier message à faire passer ?

Emile Rosalie, Responsable, Exploitant An Griyav’la : Je vous dis franchement le métier agricole, je lance un appel aux jeunes, c’est un métier merveilleux. C’est un métier merveilleux, c’est un métier qui est infini. On crée tout le temps, on n’a jamais fini de découvrir. Il faut qu’on croit en nous, dans notre capacité. Il faut qu’on arrête de regarder l’étranger par la petite persienne et qu’on essaie de savoir ce que les autres font. On a une belle jeunesse qui ne demande qu’à apprendre, c’est à nous, une génération, de les orienter, de leur donner le pas. Parce que je pense que ce qu’étaient mes parents je ne le suis pas et si mes enfants ne seront plus ce que je suis, ça veut dire qu’on est en progrès dans l’appropriation de ce que nous sommes. Il faut redonner l’espoir à la jeunesse, parce que c’est la jeunesse qui va effectivement transformer ce pays. Et il ne faut pas avoir peur de leur laisser leur chance.

 

Entre2prises, c’est notre nouveau programme dédié aux entrepreneurs du territoire Nord Martinique.

Chaque semaine, nous mettons en avant une société, son histoire, son personnel, etc.

Retrouvez la ferme An Griyav’la sur Facebook : https://www.facebook.com/fermeangriyavla

N’oubliez pas de vous abonner sur notre page Facebook afin de découvrir un extrait de chaque épisode de Entre2prises : https://www.facebook.com/nordmediaMQ

Please follow and like us:
Category Tag